Jeunesse
La légende dit qu'il serait né à Sighişoara, ville de style gothique en Transylvanie en 1431, où l'on montre sa maison natale. Toutefois les historiens roumains n'ont pas de certitudes à ce sujet: la plupart soulignent que les voïvodes valaques naissaient et grandissaient en général à Târgovişte, capitale et cour princière de Valachie. Le seule construction historique que l'on peut rapporter avec certitude au règne de Vlad, c'est la tour de Chindia à Târgovişte. Selon l'historien Lucian Boia, l'une des plus anciennes citadelles de Bucarest fut érigée par Vlad l'empaleur. Elle est une des traces matérielles accréditant la présence de l'actuelle capitale de Roumanie à cette époque. Et la seule partie de sa jeunesse qui sont corroborée par des textes, ce sont ses premières années passées à la cour de son père, Vlad II le Dragon (Vlad Dracul).
En 1442, il est envoyé comme otage au sultan Murad II, avec son jeune frère Radu III l'Élégant (Radu cel Frumos) ; il est retenu en Turquie jusqu'en 1448, et son frère jusqu'en 1462. Cette période de captivité turque a joué un rôle important dans la montée au pouvoir de Vlad. Probablement a-t-il adopté dans cette période son attitude intransigeante face à la vie. De plus, en sa qualité d'otage des Ottomans, Vlad Tepes Draculea aurait eu certains privilèges comme de pouvoir étudier à Constantinople. Le supplice du pal était inconnu à cette époque dans toute l'Europe, il était l'apanage des Turcs : on peut raisonnablement penser que Draculea a découvert ce supplice durant son séjour à Constantinople et l'a ramené chez lui.
La lutte pour le trône
Dans cette première moitié du XVe siècle, le trône de Valachie est disputé par les familles cousines, des Basarab-Dǎnescu et des Basarab-Drǎculescu. Les Dǎnescu appellent les Hongrois pour les aider, sous prétexte de combattre les Ottomans, alors que les Drǎculea négocient avec eux.
En 1447, le père de Vlad, Vlad II le Dragon (Vlad Dracul), conclut une paix avec les Ottomans. En novembre 1447, Iancu de Hunedoara (János Hunyadi en hongrois, Jean Hunyade en français), voïvode de Transylvanie et gouverneur de Hongrie depuis 1446, qui était en guerre contre les Turcs, entreprend une expédition punitive en Valachie en partant de Braşov. Vlad II est capturé et tué à Bǎlteni, avec son premier fils Mircea II le Jeune (Mircea cel Tânăr). Hunyadi se proclame lui-même le 4 décembre 1447 « voïvode des régions transalpines » à Târgovişte. Ce titre lui permet d'installer un Dǎneşti, le fils de Dan II, Vladislav II, sur le trône de Valachie.
En 1448, Vlad III l'Empaleur rentre d'Andrinople, soutenu par une cavalerie turque et un contingent de troupes prêtées par le pacha Mustafa Hassan, et profite de l'absence de Vladislav, éloigné de Târgovişte par les combats de la deuxième bataille de Kosovo, pour monter sur le trône. Mais Vladislav le chasse lorsqu'il revient, deux mois plus tard (octobre-novembre 1448), et Vlad doit s'exiler en Moldavie où règne Bogdan II. Il se lie d'amitié avec le futur Étienne III le Grand (Ştefan cel Mare).
Plus tard, Jean Hunyadi, qui part défendre Belgrade, lui confie une armée pour défendre le sud de la Transylvanie. Vlad Ţepeş en profite, avec l'aide de boyards de Munténie, pour reprendre le trône de Valachie en écrasant et tuant Vladislav II en août 1456. Vlad commence sa plus longue période de règne (six ans), pendant laquelle il sait qu'il ne peut garder sa place qu'en la défendant chèrement contre tous ceux qui la convoitent. Afin de consolider son pouvoir, il s'efforce de centraliser l'autorité, de la même façon que Matthias Corvin en Hongrie, ou Louis XI en France, éliminant sans pitié tout ceux qui pouvaient la déstabiliser. Il établit un régime de terreur dans l'aristocratie, de telle façon que tous le redoutent et le craignent.
Inflexible et droit
Vlad s'appuie sur le petit peuple, les paysans et artisans. Il est inflexible lorsqu'il s'agit d'honnêteté et d'ordre. La plus petite infraction, du mensonge jusqu'au crime, pouvait être punie de mort (la légende dit « du pal », mais toutes les forêts du pays n'y auraient pas suffi). En fait, Dracula cherche à combattre la corruption et l'intrigue par la terreur. Sûr de l'efficacité de son système, Vlad place un jour une coupe en or en plein milieu de la place centrale de Târgovişte. Les voyageurs assoiffés auront le droit de se servir de la coupe, mais elle doit rester en place. Selon les sources historiques, celle-ci ne fut jamais dérobée, et resta en place tout le temps du règne de Vlad.
Il dirige aussi sa vengeance contre les boyards responsables de la mort de son père et de son frère Mircea. Le dimanche de Pâques 1459, il arrête toutes les familles de boyards qui faisaient la fête à la cour princière. Après avoir mis au pal les plus vieux, il oblige le reste à marcher une centaine de kilomètres, sur une route difficile. Il ne permet pas aux survivants de se reposer à leur arrivée, il leur ordonne immédiatement de construire une forteresse sur les ruines d'un ancien avant-poste, avec vue sur la rivière. Beaucoup meurent. Vlad crée une nouvelle noblesse d'armes parmi ses paysans, et réussit à se faire construire rapidement une forteresse avec l'ancienne. La légende dit que ce serait le château de Bran, mais celui-ci ne se situe pas en Valachie, mais en Transylvanie, et si ses fondations sont bien antérieures au règne de Vlad (elles datent de l'Ordre Teutonique, cantonné là entre 1211 et 1242), les murailles actuelles sont postérieures, datant des Habsbourg. La véritable forteresse de Vlad est identifiée aujourd'hui aux ruines de Poenari sur l'Argeş, mais celles-ci n'ont rien de spectaculaire, sauf pour un archéologue.
En 1457, les marchands saxons de Transylvanie de Sibiu et de Braşov essaient de le remplacer par un « prêtre des Roumains », identifié comme étant le futur souverain Vlad IV Călugărul, qui leur promet des avantages douaniers. Les commerçants de Braşov choisissent un autre prétendant, Dan III Danicul, le frère de Vladislav II. Vlad franchit alors les Carpates et court de village en village punir les rebelles, jusqu'au moment ou Matthias Corvin, fils de Jean Hunyadi, devenu roi de Hongrie, intervient en négociant un accord, ce qui montre les limites de l'indépendance du pouvoir de Vlad Ţepeş, même sur ses terres, en face du pouvoir hongrois. Dan III, soutenu par Matthias, passe les Carpates depuis Braşov vers la Valachie, où il est pris et exécuté par Vlad le 22 avril 1460. Les représailles envers les marchands de saxons de Transylvanie établis en Valachie sont alors terribles, et Vlad acquiert alors sa réputation de monstre auprès des Occidentaux.

